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Transfert de l’enseignement technique Et si c’était un ministère ?

10 février 2012

Ahmed Tessa

le 02/12/2006 | 17:36

Les inquiétudes des enseignants du technique se sont déjà manifestées avant que ne soit prise la décision de leur transfert vers le secteur de l’enseignement et de la formation professionnels. Depuis quelques années, des indices venaient soulever des interrogations d’abord et des préoccupations ensuite.

Restrictions budgétaires, faiblesse en équipement et matériel, absence de formation continue. Bien lourde est la gestion de ce segment du système scolaire. Il est dévoreur de budgets sans cesse croissants. Une fois l’échéance fatidique connue, des voix se sont élevées pour la dénoncer : une réaction normale et attendue. On aurait pu en faire l’économie, tout au moins la contenir par une bonne communication. Il fallait préparer les intéressés les enseignants, les parents, les élèves leur expliquer les enjeux et les perspectives de cette nouvelle donne. Il était temps que des assurances leur soient données par le ministre de l’education nationale. La semaine dernière, le premier responsable du secteur a affirmé que les enseignants concernés peuvent rester dans l’enseignement général et technologique moyennant une reconversion ou opter pour la nouvelle institution en charge de l’enseignement technique. Grandeur et décadence On ne peut comprendre ce qui arrive à ce secteur (l’enseignement technique) sans remonter aux sources de ce déclin annoncé déjà au début des années 1980. Auparavant, c’était la période faste des années 1960/1970. Les meilleurs collégiens en mathématiques y affluaient pour constituer par la suite, l’élite du pays dans les secteurs les plus stratégiques l’économie nationale. Les sociétés nationales et même étrangères les courtisaient dès la fin de leur deuxième année de lycée. Les pensionnaires des lycées techniques d’Etat ont gardé le souvenir de ces moments forts où ils étaient «dragués» pendant les campagnes de prospection. Combien sont-ils à avoir séjourné dans les universités étrangères à l’époque les jeunes revenaient au bercail. A l’avènement de l’école fondamentale, l’Etat créa des technicums et la sélection vers les filières techniques perdit de sa rigueur. Avec l’arabisation, des difficultés énormes surgirent qui découragèrent les parents et les élèves. Les disciplines du technique n’avaient aucune disponibilité pour recevoir une langue d’enseignement nouvelle. Ni la documentation et encore moins l’encadrement pédagogique n’étaient prêts à ce brusque changement de cap surtout que beaucoup pour ne pas dire la majorité étaient des enseignants européens (français, belges et du bloc soviétique). La descente aux enfers pouvait commencer. Elle connut son apogée avec le remplacement de cet encadrement de qualité par des algériens porteurs d’une maîtrise relative de la langue d’enseignement. Excepté la terminologie que l’on assimilait à tord à un transfert de concepts d’une langue à une autre les cours se donnaient et se donnent toujours en arabe dialectal. Au point où les parents et les élèves n’hésitent pas à confondre enseignement technique et formation professionnelle. La documentation, les ouvrages didactiques de référence continuent eux aussi à manquer. Les manuels officiels sont truffés d’imperfections inévitables. Ils sont l’œuvre d’enseignants et d’inspecteurs francophones de formation. Avec les injonctions du Fmi et le temps des vaches maigres fin 1980 et début 1990 la situation devint ingérable. Colonne vertébrale de l’enseignement technique, le matériel et l’équipement connurent des pénuries chroniques et préjudiciables à l’acte pédagogique. Ainsi, dévalorisé par le contexte politique, l’enseignement technique devint la risée mais aussi le purgatoire pour les élèves du collège. Les recours des parents suite aux orientations vers le technique se comptent par milliers à chaque fin d’année scolaire. Les bureaux d’orientation scolaire en sont débordés. Au point où l’on peut parler de phobie du technique tout comme de la filière mathématiques dans les lycées d’enseignement général mais pour une autre raison. Une tentative de restructuration eut lieu au milieu des années 1980 qui vit la formation professionnelle intégrer le secteur de l’éducation nationale. Feu de paille. Et pourtant ! Moderniser pour revaloriser Il n’est pas commode de se voiler la face. En Algérie, l’enseignement technique et la formation professionnelle sont victimes de lourdes pesanteurs sociologiques et représentations tenaces. Elles ne datent pas d’aujourd’hui. Elles remontent à la vieille conception française de l’éducation scolaire qui fait la part belle aux disciplines intellectuelles et marginalise les activités manuelles et techniques. N’oublions pas que nous avons hérité du système scolaire de l’ancienne puissance coloniale un actif mais aussi un passif. Qui se souvient de l’abandon par l’Algérie des fameux collèges d’enseignement technique (les CET) dans le sillage d’une décision similaire prise en France vers la fin des années 1960 ? Ce pays avait les moyens et la stratégie idoines pour combler cette disparition voulue par les forces de gauche au motif que c’était des établissements dédiés aux enfants de pauvres et d’ouvriers. Pas nous. La situation n’était pas identique dans une Algérie frappée de pauvreté et de sous-développement. Qui dit que cette suppression hâtive n’est pas la cause de l’absence criante de main-d’œuvre spécialisée ? Le vide n’a jamais été comblé malgré les gigantesques efforts consentis par le secteur de la FP. De nos jours, des pays parmi les plus industrialisés ont conçu un système éducatif où l’équilibre est assuré entre les activités technico-professionnelles et celles dites intellectuelles. Il n’y a pas de sot métier, dit l’adage populaire. Cette vérité s’impose partout. Allez trouver un bon maçon sur le marché algérien ! Sous d’autres cieux plus cléments, l’usager aura à faire à un artisan blindé sur le plan de la compétence professionnelle et muni d’un haut niveau scolaire. Le bâtisseur de maisons n’est plus cet analphabète, au visage buriné par le soleil. Il jongle avec l’informatique, la géométrie et la physique chimie. Le dernier d’entre eux possède le niveau de terminale. L’école professionnelle de la Ville de Paris est la plus courue dans l’hexagone. Il vous faut une préinscription et attendre de longs délais pour être convoqué au concours. Des universitaires, des bacheliers se bousculent à son portillon dans l’espoir d’y accéder. Et que forme-t-elle ? Des agents d’entretien de la voirie. Interrogés lors d’un reportage télévisé, deux ex-étudiants en médecine mari et femme ont répondu : «Vous savez la réussite scolaire qu’on a eue, c’est celle de nos parents. Ils ont voulu faire de nous des médecins. Au fond, nous, on rêvait d’un métier en plein air avec des horaires aménagés pour profiter de la vie.» Et vlan ! Voici un mythe qui s’écroule. La réussite scolaire et plus tard sociale ne se mesure pas à l’aune d’un profil conçu et voulu par les parents ou par l’institution. Que de belles vocations ont été étouffées par cette vision égoïste des parents ! Il reste que la bonne école est celle qui suscite et valorise les vocations. La nouvelle organisation du secteur de la FP avec ce concept d’enseignement professionnel répond à une tendance mondiale. Le transfert de l’enseignement technique vers ce secteur pourrait être une bonne chose à condition que la valorisation prenne le pas sur l’approche administrative. Que les portes de l’enseignement supérieur ce qui est en principe prévu par les nouvelles dispositions soient ouvertes aux postulants. Pourquoi pas une université des métiers en plus des instituts d’ingéniorat ? Pourquoi pas une réhabilitation de l’enseignement agricole en fonction des données régionales et une introduction de spécialités artistiques dès le secondaire ? L’enseignement technique aura tout à gagner d’une amélioration de l’image du secteur hôte. Cela passe par une redéfinition des missions de cette nouvelle institution. A ce stade de la réflexion, il serait souhaitable que la formation professionnelle dans sa version apprentissage (et pré) soit confiée aux collectivités locales. Ce redéploiement le secteur gardera la main sur l’aspect purement pédagogique permettra de concrétiser cet aspect de proximité qui fait la force de tout apprentissage. En supprimant le vocable «Formation professionnelle», on agira sur les mentalités. De la sorte, l’actuel ministère n’aura à gérer directement que les enseignements technique et professionnel. METP : une belle dénomination pour une grande mission.

Ahmed Tessa

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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