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L’université algérienne au scanner Libérez l’intelligence !

10 février 2012

Ahmed Tessa, REFORMES -REFONTES

le 22/04/2006 | 0:00

L'université algérienne au scanner  Libérez l'intelligence ! dans Ahmed Tessa SPIP-40897

Malgré elle, l’ENTV nous a servi en cette soirée du 9 avril un scoop que lui envieraient bien des télévisions étrangères : une colère déversée par le président de la République à l’endroit de ses ministres. Même si elle en est friande, l’opinion publique aura beaucoup à perdre à ne s’arrêter qu’à l’événement médiatique.

Concernant le système éducatif, il nous faut décrypter le mécontentement présidentiel qu’ont eu à subir ses deux premiers responsables. On ne peut qu’y lire toute l’étendue du malaise qui ronge ce secteur stratégique, et ce, malgré l’embellie financière et les «cocorico» de la réforme. En qualifiant de mauvaise, la qualité des diplômes délivrés par l’université algérienne, le président a repris un constat qu’il a déjà émis il y a de cela quelques années lors d’une inauguration de l’année judiciaire : «Nos juristes ne maîtrisent ni l’arabe ni le français.» Sont-ils les seuls à être handicapés ? Il a mis le doigt sur une plaie vive qui fait mal… au pays. Une plaie encore fumante des décisions politiques et pseudo pédagogiques intempestives prises à partir de la fin des années 1970, dont les fruits se récoltent de nos jours. Nul ne peut nier la préoccupation du long terme chez les décideurs du parti unique. Un rappel historique est ici utile pour éclairer le débat. Au comptoir de l’histoire La suppression des langues étrangères de l’enseignement secondaire et de l’université (l’allemand, le russe, l’italien, l’espagnol…) avait suivi – pour ne pas faire de jaloux – l’éviction du système scolaire de la langue française en tant que langue d’enseignement. Seules les filières scientifiques et technologiques à l’université – celles dites de prestige – échappèrent (et échappent toujours) au diktat idéologique. La langue française a été remplacée à la hussarde – à l’époque on disait de façon révolutionnaire – par la langue arabe. Des milliers d’enseignants, excellents dans leur langue de formation (le français) ont vu leur rendement professionnel sombrer dans la médiocrité. C’est à ce moment crucial de la vie politique algérienne que commença l’exil forcé des élites. Pour pallier le déficit d’enseignants à tous les niveaux du système, le génie de nos concepteurs accoucha d’idées farfelues. Ils allaient procéder à la reconversion des enseignants francophones – comme si on leur demandait de changer de chemise du jour au lendemain. Mais plus grave : ils allaient actionner – jusqu’à l’usure – la planche à diplômes et la promotion TGV qui carbura à l’article 120 du parti unique. En un tour de main magique, le moniteur des années 1962-1965 devient «douktour és sciences humaines». Seuls les diplômes scientifiques sortirent indemnes de ce hold-up pour des raisons évidentes de survie physique. Imaginez un médecin ou un pharmacien lauréat de ce genre de diplôme ou de promotion ? La complaisance dans la délivrance des diplômes dépassa nos frontières pour toucher des universités de pays amis ou frères qui nous refilèrent des parchemins souvent virtuels. Une entorse à l’éthique et à l’académisme scientifique. Au comptoir de l’histoire, la facture à payer sera présentée au pays. Elle est salée et c’est maintenant que nous nous rendons compte. Elle nous offre dans sa nudité la vérité des faits et des chiffres qu’avaient anticipé, en temps opportun, en vain, des esprits sages et éclairés. Le constat du président se vérifie au quotidien dans les modalités de recrutement mises en place par les sociétés privées nationales et internationales. Il n’y a que la Fonction publique à accepter une telle mauvaise qualité – pourvu que le postulant exhibe le diplôme. Le concours de recrutement n’étant bien souvent que pure formalité pour certains heureux élus… d’avance. Le tout idéologique La question qui fâche est sur toutes les lèvres. Par quel miracle la médiocrité a-t-elle atteint le sommet du système éducatif algérien malgré le barrage du bac – censé être hyper sélectif ? Cet examen serait-il frelaté au point que ce sont les moins mauvais qui le décrochent ? Dans ce cas précis et à première vue, c’est l’enseignement scolaire (primaire, collège et secondaire) qui serait en cause. Pas tout à fait. Il n’est pas dans notre intention de jeter la pierre sur les élèves et les enseignants. La responsabilité se niche dans l’esprit de nos décideurs obsédés par le modèle élitiste français – très mal imité – au demeurant et qui découle du centralisme politique. Adapté à l’Algérie, le jacobinisme, ce «mal français», se conjugue avec une gestion du système éducatif qui privilégie l’idéologique au détriment du pédagogique et du scientifique. Une gestion à base d’idéologie peut-elle accepter la rigueur scientifique ? Il n’y a que l’université stalinienne à avoir réalisé cette prouesse en nommant des recteurs, vice-recteurs et chefs de département à partir d’un double profil, idéologique d’abord et scientifique ensuite. Un exploit que les pays anciennement colonisés et à forte tentation totalitaire ne pourront jamais égaler. Ils se contentent du seul profil idéologique, voire linguistique ou régionaliste (par ordre de priorité). Il n’est pas question de nommer des intelligences reconnues pour leurs productions scientifiques et leurs travaux de recherche. Ce serait faire entrer le loup dans la bergerie de la rente. D’éminents universitaires algériens ont pointé l’index sur la pratique du cooptage-parrainage aux postes de responsabilité au sein de l’université (et pas seulement dans ce secteur). En théorie, ces postes sensibles exigent de leurs titulaires des capacités pour produire et créer la richesse intellectuelle dont le pays a besoin. Autant de qualités antinomiques de l’orientation idéologique assignée depuis quelques décennies à la gestion du système éducatif dans les contenus de ses programmes, ses méthodes d’enseignement, ses modalités d’évaluation et de promotion. Les choses ont-elles évolué en Algérie dans ce domaine ? Pas sûr. Cette triste réalité a atteint de nos jours son paroxysme. Les bénéficiaires de ces pratiques de cooptage-parrainage ont été débusqués par la nouvelle donne politico-économique. La fin du monopole d’Etat et des tabous culturels (dont celui des langues) – qui ont pendant des décennies servi de cache-misère, de refuge et de tremplin aux responsables médiocres – combiné aux exigences de la mondialisation ont révélé les limites de leurs compétences et la nature de leurs motivations. Une fois la parole libérée, les élites du pays, relayées par une presse indépendante, se sont exprimées pour dénoncer le marasme qui sévit au sein de l’institution universitaire algérienne. Ces universitaires courageux ne se sont pas arrêtés aux aspects formels et aux contraintes objectives nées du volontarisme populiste. Leur mérite est d’avoir décrit et analysé la face cachée de l’iceberg. C’est à une visite guidée de cette partie sombre de l’édifice universitaire à laquelle nous ont invités les conférenciers du colloque organisé par le quotidien El Watan le 13 avril. «Peut-on sauver l’université du naufrage ? », cet intitulé suffit pour comprendre les objectifs assignés aux débats. Espace d’osmose entre les universitaires et l’opinion publique, ce colloque a démontré les bienfaits de l’échange d’idées, seule voie à même d’aboutir à la vraie démocratisation du savoir. Après le cri du cœur de Lyès Maïri dans son bel ouvrage Faut-il fermer l’université ? publié en 1992, voilà que des voix sincères font entendre la voix de la raison pour sauver l’université et surtout pour permettre à l’intelligence de s’exprimer et de s’épanouir dans notre pays. Dans cette édition, nous avons choisi les avis autorisés de ces universitaires connus pour leurs compétences et leur honnêteté intellectuelle. Leurs propositions rejoignent les préoccupations de tous les Algériens soucieux d’offrir à leurs enfants une université pourvoyeuse de valeurs, de savoir et d’intelligence. Une université d’où sera bannie la médiocrité, le laxisme et le populisme.

Ahmed Tessa

© El Watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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